Comprendre son cycle : entre harmonie intérieure et regards culturels
- Nawal Uariachi
- 13 févr.
- 9 min de lecture
Notre société encourage souvent les femmes à être constantes, productives et linéaires, comme si leurs émotions et leur énergie devaient rester inchangées. Pourtant, les femmes sont profondément reliées à un rythme naturel, un mouvement intérieur qui traverse l’être tout entier : celui du cycle menstruel.

Longtemps perçu comme une contrainte, voire un tabou, ce cycle est en réalité une véritable boussole intérieure. Apprendre à l’écouter, à le comprendre et à relier ses états émotionnels à ces différentes phases, c’est s’offrir une meilleure connaissance de soi. C’est aussi s’accorder plus de bienveillance, accepter que l’être soit en perpétuelle transformation et cesser de lutter contre sa propre essence.
Le principe féminin est mouvement, comme la lune qui change de forme, différentes énergies traversent la femme (créativité, introspection, expansion, repli). Se familiariser avec ces cycles permet de cultiver une relation plus apaisée avec soi-même, mais aussi de mieux interagir avec son entourage, en respectant ses besoins propres et en communiquant ses ressentis avec plus de clarté. Pour ne plus subir ces fluctuations émotionnelles, il est important d’apprendre à les accueillir comme des messagères précieuses.
Les différentes phases du cycle féminin
Comprendre son cycle pour s’harmoniser demande dans un premier temps de connaitre les différentes étapes que traverse son rythme.
Il est important de souligner que les jours avant les règles sont souvent un moment d’introspection intense, avec des émotions amplifiées et une hypersensibilité. C’est une période où des blessures profondes peuvent refaire surface.
Les jours après les règles, quant à eux, marquent un redémarrage, avec un retour progressif à la clarté mentale et à la stabilité émotionnelle. C’est un moment propice à la reconstruction et à la planification. Cette cyclicité est souvent vécue comme une contrainte mais peut devenir un outil puissant d’auto-compréhension et d’alignement avec son rythme intérieur.
Le déroulement des différentes grandes phases du cycle

1. Phase folliculaire (Jours 1-14) : Du début des règles à l’ovulation
Début des règles (Jours 1-5) :
Phase où il y a une baisse des hormones (œstrogènes et progestérone) qui se caractérise par de la fatigue, une baisse d’énergie et un possible repli sur soi. La sensibilité émotionnelle devient accrue, le besoin de repos et d’introspection se fait sentir. Si cette phase est bien vécue, celle-ci peut être un moment de lâcher-prise et de connexion à soi.
Après les règles (Jours 5-14, jusqu’à l’ovulation) :
Moment où il y a une augmentation progressive des œstrogènes qui entraine un regain d’énergie et d’optimisme. L’humeur devient plus stable, la motivation accrue, une meilleure sociabilité et confiance en soi est ressentie. Un pic de créativité et de productivité se réalise et c’est une période favorable aux nouvelles initiatives.
2. Phase ovulatoire (Jours 14-16) : Le sommet de l’énergie
C’est l’instant du pic des œstrogènes et montée de la testostérone qui entraine une sensation de charisme, confiance et une libido élevée. La femme se sent plus extravertie avec des facilités à communiquer et c’est la période idéale pour des interactions sociales et des décisions importantes. Une hypersensibilité émotionnelle avec une plus grande capacité d’empathie est parfois possible.
3. Phase lutéale (Jours 16-28) : Avant les règles
Après l’ovulation, il y a une augmentation de la progestérone et une baisse des œstrogènes qui entraine une énergie plus douce et introversion croissante.
Première partie (Jours 16-22)
Besoin de ralentir, de s’ancrer.
Diminution de l’intérêt pour les activités sociales, envie de cocooning et de recentrage sur soi.
Humeur encore relativement stable.
Deuxième partie (Jours 22-28) : Syndrome prémenstruel (SPM)
Baisse des hormones : Irritabilité, anxiété, hypersensibilité émotionnelle.
Sensation de surcharge mentale, baisse de confiance en soi, tendance au doute.
Besoin de solitude, vulnérabilité accrue, parfois nostalgie ou tristesse inexpliquée.
Augmentation des douleurs physiques (seins tendus, ballonnements, fatigue).
Parfois une clarté émotionnelle accrue avec des prises de conscience profondes peut avoir lieu.
4. Retour aux règles : Transition vers un nouveau cycle
Juste avant les règles s’opère une chute brutale des hormones qui entraine un possible sentiment de vide, de lassitude ou de fatigue (forme de phase dépressive).
Le début des règles marque un relâchement et entraine parfois un soulagement si la tension était forte en fin de cycle. Il y a un retour progressif à une énergie plus calme et posée, esquissant un nouveau cycle.
Les changements émotionnels ou le syndrome prémenstruel

Le Syndrome Prémenstruel (PMS) est : « un ensemble de symptômes physiques et psychologiques qui apparaissent dans la seconde moitié du cycle menstruel, généralement entre 7 et 10 jours avant les règles. Il disparaît avec l’arrivée des menstruations ou peu après ».
Le PMS est fortement influencé par les variations hormonales, en particulier la baisse des œstrogènes et de la sérotonine (hormone du bien-être), ainsi que l’augmentation de la progestérone, qui a un effet sédatif et parfois dépressif.
Toutes ces fluctuations peuvent perturber la régulation émotionnelle ; affecter le stress et l’anxiété et exacerber des blessures psychologiques latentes (doutes, peurs, tristesse).
Le PMS varie selon les femmes, mais entraine généralement :
Irritabilité, impatience : sensibilité, réactions plus vives aux contrariétés.
Anxiété, nervosité : sentiment de tension interne, parfois crises d’angoisse.
Sauts d’humeur : passage rapide de l’excitation à la tristesse ou à la colère.
Hypersensibilité émotionnelle : amplification des émotions (pleurs, bleus, nostalgie).
Dévalorisation, doute de soi : pensées négatives sur soi-même et son avenir.
Désir de repli : besoin de solitude, rejet des interactions sociales.
Difficulté de concentration : esprit brumeux, fatigue mentale.
Lors de cette phase, il y a une intensification des blessures psychiques qui souvent entraine la détresse psychologique ressentie particulièrement dans cette phase du cycle. Certaines femmes ressentent une exacerbation de blessures profondes durant cette phase comme :
Sentiment d’abandon ou de rejet plus marqué.
Remontée de traumatismes émotionnels non résolus.
Exacerbation des troubles anxieux ou dépressifs.
Comment mieux vivre cette phase ?

1. Accepter la cyclicité : comprendre que ce n’est pas une régression mais une phase passagère.
2. Écouter son corps : ralentir, s’accorder du repos.
3. Exprimer ses émotions : écrire, parler, canaliser à travers une activité artistique ou physique.
4. Éviter la surcharge mentale : ne pas prendre de décisions importantes dans cette période.
5. Alimentation et bien-être : éviter caféine, sucre raffiné et alcool, privilégier magnésium et oméga-3.
6. Pratiques apaisantes : méditation, respiration, yoga, automassages.
Les représentations culturelles du cycle féminin et PMS

Chaque culture possède sa propre perception du PMS. Certaines cultures le reconnaissent d’autres l’invisibilisent, en font un tabou ou se placent dans un mouvement de réappropriation du corps féminin sacré. En effet, aujourd’hui, de plus en plus de femmes cherchent à reconnecter leur cycle avec une approche plus naturelle et bienveillante.
Vision occidentale
Longtemps perçu comme un trouble médical ou psychiatrique, lié à une « instabilité hormonale », la femme a souvent porté le cliché de la femme hystérique ou imprévisible, incapable de contrôler ses émotions. Aujourd’hui, le PMS est mieux étudié et reconnu dans la recherche médicale, avec des approches thérapeutiques adaptées.
Vision asiatique
En Médecine Traditionnelle Chinoise, le PMS est vu comme une stagnation du Qi du foie, entraînant irritabilité et fatigue. La culture propose une approche naturelle : acupuncture, tisanes aux plantes (angélique chinoise, gingembre), Qi Gong. Dans le bouddhisme et l’hindouisme, les menstruations sont une période de purification et de transformation intérieure. Cependant, certains rites ou accès au temple sont interdits aux femmes durant la période des règles.
Vision africaine
Une dualité existe dans la vision africaine mêlant à la fois le respect des rythmes naturels et les tabous sociaux. Certaines traditions intègrent le cycle féminin dans une connexion avec la nature et les ancêtres. Dans d’autres contextes, il reste tabou, ce qui limite l’expression des émotions liées au PMS. Un usage fréquent de plantes médicinales (hibiscus, neem, infusions traditionnelles) est proposé aux femmes pour apaiser les symptômes liés aux règles.
Vision amérindienne
Le cycle féminin est perçu comme une source d’intuition, une forme de pouvoir spirituel et de sagesse. Dans les rites amérindiens, il existe la pratique des "huttes des lunes" qui sont des espaces où les femmes se retirent pour se reposer et méditer. Le PMS est vu comme un moment d’introspection et de connexion aux énergies naturelles.
Vision du Moyen-Orient et Maghreb
Dans la vision arabo-maghrébine (islamisé), le PMS se situe généralement entre reconnaissance et contrainte sociale. Le cycle menstruel est reconnu dans l’islam avec des règles spécifiques comme l’exemption de prière pour la femme (sans la rattraper) et de jeûne (en devant le rattraper plus tard). L’islam considère les menstruations comme un état naturel et voulu par Dieu. La femme musulmane n’est pas considérée comme "impure" au sens moral ou spirituel lorsqu’elle a ses règles, le Coran mentionne les menstruations comme une période de "gêne" et non de péché ou de souillure (Sourate Al-Baqara, 2:222).
Culturellement dans les sociétés maghrébine et du moyen orient, un silence social persiste sur les aspects émotionnels du PMS, ce qui limite la reconnaissance psychologique du phénomène. Durant le ramadan, les filles en périodes de règles se cachent pour manger, évitent d’être vues par les hommes de leur famille même si ceux-ci sont indirectement informés par le fait que la femme ne se lève généralement pas pour les prières de l’aube ou ne les rejoigne pas pour les prières en groupe. Il y a une forme de pudeur, de gêne d’évoquer cette période.
Il existe aussi une transmission féminine des soins à base de plantes (sauge, fenouil, nigelle, verveine) que les femmes se préparent entre-elles discrètement.
Vision culturelle indigène et des peuples autochtones
Le PMS est considéré comme un message du corps, lié aux cycles lunaires et aux forces naturelles. Les émotions comme l’irritabilité ou la tristesse sont interprétées comme des signaux appelant à des changements intérieurs. Il existe des rituels de soutien effectués avec des bains d’herbes, des chants, des moments de solitude volontaire pour favoriser la régénération.
Paradoxe interculturel ?
Le cycle menstruel est empreint d’un paradoxe culturel universel : à la fois sacralisé et stigmatisé. Dans de nombreuses traditions anciennes, les règles étaient perçues comme un signe de fertilité, de connexion aux forces naturelles et parfois même de pouvoir spirituel, comme dans certaines cultures amérindiennes où elles conféraient sagesse et intuition. Pourtant, dans ces mêmes sociétés, la menstruation a aussi pu être associée à des restrictions et à une mise à l’écart des femmes jugées « impures » durant cette période. Ce contraste se retrouve encore aujourd’hui : alors que des approches modernes valorisent une compréhension plus naturelle et cyclique du corps féminin, de nombreux tabous persistent, enfermant les femmes dans une vision honteuse ou médicalisée de leurs règles. Ce paradoxe révèle une tension profonde entre la reconnaissance du pouvoir du féminin et une volonté historique de le contrôler ou de l’invisibiliser.
Le féminin sacré à la page

Le concept de féminin sacré existe depuis l’Antiquité mais on observe son retour en force dans les années 1970-1980, dans l’émergence du féminisme, du développement personnel et des spiritualités alternatives. Aujourd’hui, le féminin sacré est à la mode dans le milieu du développement personnel, du bien-être, du coaching, mêlant spirituel et marketing holistique.
Le féminin sacré est une vision spirituelle qui valorise le corps et les cycles de la femme comme une connexion avec l’univers. Les menstruations y sont vues comme un passage initiatique, un temps de purification et de renouveau, lié aux cycles lunaires. Comme vu précédemment chez les Amérindiens avec la hutte des lunes ou dans le chamanisme, cette période était considérée comme un moment de connexion intérieure et spirituelle. Aujourd’hui, le mouvement du féminin sacré invite les femmes à réhabiliter cette dimension sacrée, en voyant leur cycle comme une force plutôt qu’une contrainte. Tel qu’il est popularisé aujourd’hui, il soulève néanmoins la question de l’appropriation culturelle, notamment lorsqu’il reprend des concepts issus de traditions indigènes, orientales ou ancestrales sans en respecter le contexte d’origine.
Conclusion
Peu importe la façon dont chaque culture perçoit le cycle menstruel que ce soit comme un passage sacré, un déséquilibre à corriger ou un simple phénomène biologique, l’essentiel est que chaque femme puisse se réapproprier son propre rythme, sans honte ni culpabilité.
Comprendre son cycle, c’est se reconnecter à soi, à ses émotions, à son énergie, et apprendre à vivre ces variations avec bienveillance. Plutôt qu’un fardeau imposé par la société ou un tabou à subir, cette période peut devenir une force, une occasion d’écoute intérieure et de renouveau. Chaque femme mérite de vivre son cycle avec confiance et sérénité, dans le respect de son corps et de son ressenti.
Nawal Uariachi
Sources :
1. Gschwend, A. (2022). Le syndrome prémenstruel : entre pathologisation du corps féminin et résistance envers la biomédecine. Mémoire de master, Université de Lausanne. SERVAL.UNIL.CH
2. Lastrico, A., Andreoli, A., & Campana, A. (s.d.). Syndrome prémenstruel : Une mise au point. Fondation Genevoise pour la Formation et la Recherche Médicales. GFMER.CH
3. Kokos, A. (2005). Syndrome(s) prémenstruel(s). Geneva Foundation for Medical Education and Research. GFMER.CH
4. Vaudeville, A. (2023). Le syndrome prémenstruel : physiopathologie, traitements actuels et place de la phytothérapie. Thèse de pharmacie, Université de Lorraine. DUMAS.CCSD.CNRS.FR
5. Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM). (2021). Le syndrome prémenstruel.
6. Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). (2013). Le SPM existe-t-il ?. CIHR-IRSC.GC.CA
7. Dumas, M. (2019). Le syndrome prémenstruel : revue générale. EM Consulte. EM-CONSULTE.COM
8. Chrisler, J. C. (2011). "Le tabou des menstruations". Sex Roles, 64(9-10), 615-617.
9. Red Tent Movement (2010). The Red Tent: A Symbol of Women's Wisdom and Empowerment. Moon Books.
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